S’attendre à une explication, voire des excuses, à l’assemblée du 23 juin, c’était bien mal connaître la mairesse Alexandra Labbé.

[Note : dans ce texte, les mots en gras sont des hyperliens. Vous pouvez les cliquer pour voir la source de l’information. Dans le cas des vidéos, le lien vous amène directement au passage cité.]

L’assemblée prévue le 3 juin avait été scindée en deux, une partie se déroulant le 26 mai et l’autre la veille de la Fête de la Saint-Jean. Le 26 mai, le maire suppléant, Carl Talbot, pour toute explication au changement de date, avait simplement dit « D’entrée de jeu, pour votre information, dans les circonstances que l’on connaît concernant Mme Labbé, on a dû remanier l’agenda des assemblées municipales. »

Mais les assemblées peuvent se dérouler sans Mme Labbé, comme celle du 26 mai par exemple. M. Talbot insistera tout au long de la période de questions qu’il avait déjà dit la raison des changements de dates et qu’il ne se répèterait donc pas.

Extrait d’un des échanges :

Carl Talbot : « Je vous ai expliqué, j’ai présenté la réponse à M. Lambert. »

Citoyen : « Non, vous avez expliqué pourquoi vous ne pouviez pas le faire avant le 23. Vous n’avez pas expliqué pourquoi vous ne pouviez pas faire le 3. »

CT : « Non, mais on a remanié. Comme je vous ai expliqué, dans le fond, c’est qu’il faut tenir une rencontre par mois. Assurément. »

C : « Oui. »

CT : « Fait qu’il faut en faire une en juin… »

C : « Oui, le 3. »

CT : « Non, non, c’est ça, c’est pas possible. Donc, la date c’est le 23… »

C : « Pourquoi c’est pas possible le 3 ? »

CT : « Je viens de vous l’expliquer, là, M. Martel. »

C : « Non, non, vous l’avez pas expliqué. Vous avez parlé des problèmes de santé de la mairesse, qu’on comprend tous. Aucun problème. »

CT : « Et toutes les autres paramètres que j’ai mentionnés. »

C : « C’est quoi toutes les autres paramètres, c’est ça qu’on veut savoir. »

CT : « Je viens de les nommer. »

C : « C’est quoi les autres paramètres ? J’ai pas dû entendre. Répétez ? »

CT : « M. Martel, c’était ma réponse, c’était ma réponse. »

C : « Non, non. C’était pas une réponse. C’est quoi, est-ce qu’il y a un conseiller qui pourrait aider, peut-être que j’ai mal entendu. Est-ce qu’il y a un conseiller qui pourrait dire c’était quoi la réponse ? »

CT : « Excusez-moi M. Martel, c’est ça la réponse. »

Il y a eu d’autres réponses du même acabit, on vous en fait grâce. Vous pouvez écouter la très brève (17 mots) explication du début, censée contenir toutes les informations, et la période de questions complète.

« Gaslighting »

La position de M. Talbot s’assimile à du « gaslighting », terme anglais que l’Office québécois de la langue française propose de traduire par « détournement cognitif ». L’Office le définit comme une « Manipulation visant à faire douter une personne d’elle-même (…) » Cela peut se faire notamment en répétant systématiquement une information fausse. En France, on utilise le terme « déboussolage ».

Le Journal de Chambly à la rescousse

Une semaine après l’assemblée du 26 mai, le Journal de Chambly publie un article au titre révélateur : Chambly : la Ville s’adapte à la disponibilité des élus. La réponse à la question posée mille fois la semaine précédente apparaît dès la première phrase. « Le conseil municipal de Chambly a reporté au 23 l’assemblée prévue le 3 juin, geste justifié par l’absence de plusieurs élus. »

Voilà. C’était tout simple, mais ça n’avait jamais été dit par M. Talbot le 26 mai, malgré les demandes répétées. À noter qu’à Chambly, pour avoir quorum, il suffit de cinq élus. Il faut donc supposer, qu’en plus de la mairesse, quatre conseillers prévoyaient d’être absents, bien que la date prévue de l’assemblée, le premier mardi du mois comme depuis des années, voire des décennies, ait été annoncée six mois plus tôt et approuvée par tous les élus. M. Talbot a admis que lui-même serait indisponible à cette date.

La mairesse réécrit (encore) l’histoire

Dans l’article, la mairesse défend ses conseillers contre les accusations d’absentéisme, qui est de 9,6% depuis la dernière élection, et explique que le travail des élus ne se limite pas aux assemblées du conseil : « On n’imagine pas tout le travail nécessaire pour le bon déroulement d’une assemblée. »

À l’assemblée du 23 juin, qu’elle préside malgré l’annonce de Carl Talbot le 26 mai que ce serait lui qui l’animerait, la mairesse affirme que l’absence de quorum n’est pas la seule raison du changement de dates. Arrivée à la rescousse pour chercher à réparer les pots cassés, elle fournit une pléthore d’explications, apparemment toutes liées, directement ou indirectement, à ses problèmes actuels de santé.

Sauf que ces multiples justifications, vraies ou fausses, sont sans importance. Malgré son refus de répondre à la question (posée trois fois) « Est-ce qu’il y aurait eu quorum le 3 juin ? », la mairesse avait en fait déjà répondu, peut-être involontairement, au début de ses explications : « Ce n’était pas uniquement cette raison-là [l’absence de quorum] qui a motivé les changements d’horaire. »

Pas de quorum, pas d’assemblée du conseil

Donc la mairesse a bien confirmé qu’il n’y aurait pas eu quorum. À partir de là, les autres justifications sont sans importance. Même si les élus avaient eu tout le temps de préparer l’assemblée, celle-ci n’aurait pas pu être tenue en l’absence de quorum. Le déluge de mots d’Alexandra Labbé pour nous convaincre que l’absence de quorum n’est qu’un détail sans importance n’y change rien. On sait maintenant qu’au moins quatre élus avaient prévu d’être absents d’une assemblée du conseil tenue à une date annoncée officiellement depuis six mois et qui pouvait être prédite avec quasi-certitude depuis des années.

« Gaslighting », bis

Mme Labbé ne s’est pas contentée de réécrire l’histoire. Elle a poussé l’audace au point d’en rajouter au « gaslighting » du 26 mai, rabrouant le citoyen qui avait posé la question : « Je l’ai écoutée, l’assemblée. Moi j’ai bien compris ce que M. Talbot essayait de vous expliquer. Peut-être que pour vous c’était pas complet comme réponse (…) »

Faut-il expliquer que le propre d’une communication efficace, c’est qu’elle soit comprise par les personnes auxquelles elle s’adresse, non pas seulement par les gens qui la préparent ?

Ajoutons que la webdiffusion de l’assemblée du 26 mai par TVR9 a coûté 1 609,65$ à la Ville, dépense qui aurait été évitée en tenant l’assemblée à la date prévue.

Extrait de la facture de TVR9 pour l’assemblée extraordinaire du 26 mai.

Manque de respect

Le manque de respect, autant par Carl Talbot que par Alexandra Labbé, dans cette affaire, est flagrant. Carl Talbot a répété à plusieurs reprises qu’il avait répondu à la question, ce qui n’était pas le cas. Alexandra Labbé a tenté de faire passer des vessies pour des lanternes en affirmant que l’absence de quorum était sans importance.

En fin de période de questions, Carl Talbot avait aussi manqué de respect de façon assez évidente envers le citoyen qui cherchait à obtenir une réponse :

Citoyen : « Donc, la raison pourquoi il n’y a pas d’assemblée le 3 juin c’est que ni la mairesse ni le maire suppléant sont disponibles. »

Carl Talbot : « Non, comme je vous ai expliqué, toutes les enjeux, toutes les paramètres, je vous les ai mentionnés également. »

Citoyen : « Bien, moi j’ai compris autre chose, mais j’insiste pas. »

Carl Talbot : « Ben, ça vous arrive régulièrement de comprendre autre chose, M. Martel. C’est dommage, mais j’ai pris le temps de vous l’expliquer clairement. Ça vous satisfait pas comme réponse. »

Lancer une telle affirmation gratuite n’était certainement pas digne d’un maire suppléant. Lorsque le même citoyen lui a signalé l’offense, le 23 juin, il lui a offert ce qu’on appelle une « excuse sans excuse » :

« Je suis désolé si vous vous êtes senti offusqué (…) »

Un tel type de réponse n’est pas une excuse, comme l’explique l’article Wikipédia, « Cette formulation n’admet pas que les propos tenus étaient problématiques et peut suggérer que la personne offensée a réagi de manière excessive ou irrationnelle. »

Soulignons tout de même que M. Talbot a fait amende honorable après l’assemblée, offrant au citoyen des excuses plus sincères et faisant valoir qu’il n’est pas dans sa nature de manquer de respect envers les citoyens. On le croit, et cela rend d’autant plus étonnante sa réponse aussi impolie. Que s’est-il passé ? M. Talbot a-t-il été influencé par le manque de respect envers les citoyens qui est de moins en moins l’exception chez l’équipe Labbé ?

Des exemples

Un exemple très récent de manque de respect envers les citoyens provient de la mairesse elle-même. Après avoir affirmé, à trois différentes reprises (en janvier, octobre et novembre 2024 – voir cet article pour plus de détails) que les opposants au projet de développement sur le golf pourraient s’opposer en signant des registres pour demander une approbation référendaire, elle ne s’est même pas donné la peine de signaler, le jour du vote, que, finalement, cette possibilité ne serait pas offerte. Il a fallu qu’un citoyen pose une question directe.

Par la suite, elle se justifiera en disant, « Non, je ne l’ai pas communiqué d’emblée dans mon mot d’introduction une information que… j’avais communiquée pourtant aux journalistes le matin même [note : elle savait qu’aucun journaliste présent ne rendrait publique l’information avant l’assemblée du conseil en soirée]. Je vous dirais que, on communique tellement de choses dans une journée… Est-ce que j’ai fait un mauvais choix ? Peut-être que j’aurais dû le communiquer d’emblée, je … » [Elle fait alors une moue montrant bien que ça n’a pas d’importance pour elle.]

Rappelons qu’Alexandra Labbé avait fait campagne en 2019 en promettant de ramener les approbations référendaires que son prédécesseur Denis Lavoie avait abolies, et ce dans un contexte visant très spécifiquement le développement de l’ancien terrain de golf. Sa déclaration après l’élection :

« Quand le règlement avait été adopté en février, Mario Lambert et moi avions voté contre et je n’ai jamais compris la réaction de mes collègues qui ont voté en faveur de ça. La réponse à travers les citoyens était unanime et tout le monde voulait conserver son droit d’approbation référendaire. »

Chambly-Matin, 12 juillet 2019

Colette Dubois préfère aller en Cour supérieure plutôt que répondre à une question d’un citoyen !

En juin 2023, un citoyen avait demandé aux conseillers quelle était leur position sur la location d’« Établissements de résidence principale » (genre Airbnb), étant donné qu’ils les avaient interdites (partiellement) trois mois plus tôt, mais venaient de les réautoriser plus tôt lors de l’assemblée, sans jamais avoir consulté les citoyens. Sept des huit conseillers avaient répondu de bonne foi, mais Colette Dubois avait fait bande à part :

« Et pour répondre à Monsieur Martel, je n’apporterai aucune opinion à ce sujet [elle a bien appuyé sur le mot « aucune »] ce soir et que je suis prête, s’il le faut, de me présenter à la Cour supérieure. »

Sur ces paroles, elle se tourne vers la mairesse, pour obtenir son approbation. Celle-ci ne voit aucun manque de respect et pouffe même de rire.

Rappelons que la Cour suprême (pas la Cour supérieure !) a déjà statué que les élus municipaux ont l’obligation de justifier leurs votes (article 23 de la cause Prud’homme c. Prud’homme) : « Ainsi, au cours des débats du conseil ou des organismes municipaux, il [l’élu municipal] doit expliquer et défendre ses options. Il doit aussi les exposer et les justifier publiquement devant ses commettants ou certains d’entre eux. Son droit et même son obligation de parole constituent un aspect important de l’exercice de ses fonctions d’administrateur municipal. »

Lumicité : Blâmons les citoyens !

Les changements de zonage essentiels au projet Lumicité étaient susceptibles d’approbation référendaire. Des citoyens ont soumis, avant la date limite (le 24 mars 2022), un nombre suffisant de signatures pour ouvrir les registres. Mais la Ville a rejeté leur demande, ignorant au moins 20 ans de jurisprudence, en se basant sur un conseil juridique obtenu sur internet (sur le site de l’Union des municipalités du Québec), conseil qui fut d’ailleurs effacé quelques semaines plus tard (pour cette raison, le lien fourni mène aux archives de l’internet).

Quand, en juillet, La Presse décide de faire un article sur le sujet, on lit avec étonnement que les citoyens ont soumis leurs signatures « le mois dernier », donc en juin, alors que c’était en mars. L’information provient de la Ville, mais la mairesse se contentera de dire que ce n’est pas elle qui a parlé à La Presse, sans montrer le moindre regret que son administration ait fourni des informations fausses à un média national. Un droit de réplique remettra les pendules à l’heure.

Lumicité : Blâmons les citoyens ! (encore et encore)

Après qu’un citoyen a soumis un avis juridique qui finit par amener la Ville à faire marche arrière, l’administration convoque, dans une lettre datée du 19 mai (incluse dans cette chronologie), les citoyens ayant signé les demandes d’approbation référendaire à une rencontre. On y lit « Il semble que certains d’entre vous ont manifesté des inconforts avec ledit projet et, pour cette raison, la Ville désire vous entendre. »

Comprenons bien que, quand les citoyens ont soumis leur demande d’approbation référendaire, la Ville n’a pas été gênée par leurs « inconforts ». Pas plus lorsqu’un citoyen (celui ayant soumis l’avis juridique) a demandé au conseil de retarder son vote le temps qu’il fournisse ledit avis juridique. Non, la Ville ne s’est émue des « inconforts » des citoyens que lorsqu’elle a été acculée au pied du mur face à son interprétation farfelue de la loi.

La rencontre n’ayant pas donné à la mairesse les résultats souhaités, elle exprime sa colère envers les citoyens dans le Journal de Chambly :

« On a tenu une consultation publique, à laquelle les citoyens ayant aujourd’hui bloqué le projet n’étaient même pas présents. »

Journal de Chambly, 27 juin 2022

Mais cette consultation publique a été tenue un mercredi après-midi ! Quand il faut blâmer les citoyens…

Des exemples parmi tant d’autres

Les exemples ci-dessus sont loin d’être les seuls. À suivre…